Un questionnaire fut mis en ligne par l'association C@fetiers des sciences en partenariat avec le Cléo/Revues.org, du 6 octobre au 15 novembre 2009, afin d'identifier les nouvelles pratiques ou les résistances des journalistes scientifiques face à un nouveau média : les blogs de science. 73 journalistes scientifiques ont répondu à l'enquête et nous les en remercions vivement. A défaut de constituer un échantillon représentatif du métier, les réponses nous donnent un aperçu de la situation actuelle.
Parmi les répondants au questionnaire ayant déclaré leur sexe et leur âge, les groupes les plus représentés sont les hommes (60 %) et les jeunes (49 % ont 26-35 ans et 27 % ont 36-45 ans). Ils sont répartis équitablement entre le statut de permanent (52 %) et celui de pigiste (48 %), pour une périodicité de publication essentiellement mensuelle (48 %). Quant aux domaines de spécialité (plusieurs réponses étaient possibles), arrivent en tête : l'environnement (32 %), les sciences de la vie (29 %) et la santé (25 %). Puis viennent, en proportion équivalente : physique/maths (16 %), astronomie/astrophysique/espace (15 %) et innovation technologie (14 %).
Plus de 80 % des journalistes ayant participé à l’enquête consultent des blogs de science. Ceux qui ne le font pas (8 %) accusent surtout le manque de temps (36 %) et pointent du même coup le manque d'outils permettant de filtrer et gérer l'abondance d'information. Le rythme de lecture des blogs le plus fréquent est de plusieurs fois par semaine, avec peu de différence entre les journalistes qui les consultent tous les jours (22 %) et ceux qui le font plusieurs fois par semaine (33 %).
Si un tiers des lecteurs de blogs (30 %) attendent des blogs une information de première main, presque la moitié (42 %) y trouve une information filtrée et commentée (plusieurs réponses étaient possibles). Est-ce à dire que les blogs de science leur font concurrence ? Non : la moitié des journalistes interrogés estiment que la presse traditionnelle et les nouveaux médias sont complémentaires (47 %) plutôt que concurrents (4% des réponses). Ils considèrent à 55 % que les initiatives de chercheurs qui bloguent ou utilisent Twitter, Facebook… peuvent apporter quelque chose à la communication et la vulgarisation de la science, plutôt qu'aux vulgarisateurs (36 %) ou à la science (26 %) (plusieurs réponses étaient possibles).
Deux tiers des journalistes scientifiques ont leurs habitudes sur certains blogs (32 % les visitent régulièrement et 42 % sont abonnés par courriel ou flux RSS) tandis que 11 % d'entre eux visitent les liens qui sont portés à leur attention par des "informateurs". Si la majorité d'entre eux déniche de nouveaux blogs de science par hasard, en surfant sur Internet (33 %) ou grâce à un moteur de recherche (22 %), ils sont 49 % à explorer la blogosphère par eux-mêmes, en cliquant d'un blog à l'autre. Le bouche à oreille, les réseaux sociaux et les signalements hors ligne (presse, radio…) ne joue un rôle que dans 34 % des cas (plusieurs réponses étaient possibles).
Ces lectures se retrouvent dans leurs productions : un quart des journalistes scientifiques interrogés a déjà utilisé une information provenant d'un blog (27 %). Ils sont un peu plus nombreux à avoir cité l'adresse d'un blog (30 %) et un peu moins nombreux à avoir cité le nom d'un blogueur (22 %). Pour 23 % d'entre eux, rien de tout cela n'est jamais arrivé (plusieurs réponses étaient possibles).
Parmi les blogs les plus souvent cités figurent côte à côte des blogs de journalistes professionnels ("Effets de terre" par Denis Delbecq, "Sciences2" par Sylvestre Huet, "L'innovation en questions" tenu par une journaliste de l'Usine nouvelle et "En quête de sciences" sur la plateforme LeMonde.fr) et des blogs de chercheurs ou amateurs de science, ainsi que la plateforme anglophone ScienceBlogs. Ils sont deux fois plus nombreux à connaître la communauté du C@fé des sciences (39 %) que la plateforme Hypothèses (15 %), sans doute en raison de la spécialisation en sciences dures de la première et en sciences humaines et sociales de la seconde, en accord avec la répartition du domaine de spécialité des répondants.
Un tiers des journalistes scientifiques interrogés publient eux-mêmes sur un blog (33 %), soit sur un blog personnel (69 %), soit en participant à un blog institutionnel ou de leur rédaction (31 %). 74 % traitent de la science dans leur blog et 26 % d’autre chose. En tête des motivations les plus citées figurent la visibilité et l'insertion dans des réseaux (25 %), la pratique de l'écriture (21 %) et la publication de textes qui n'ont pas leur place ailleurs (21 %), avant la possibilité de toucher d'autres publics (17 %) (plusieurs réponses étaient possibles). Ceux qui ne tiennent pas de blog mettent en avant le manque de temps (51 %) et le manque d'intérêt pour une pratique redondante avec leur activité professionnelle (23 %).
Antoine Blanchard, président de l'association C@fetiers des sciences, remarque : « À travers cette enquête se dessine le portrait du journaliste scientifique dans son temps : à l'aise dans la blogosphère (à laquelle certains contribuent), naviguant de blogs en blogs à la recherche d'une information utile, fidèles à quelques sources pertinentes pour leur travail, qu'ils consultent plusieurs fois par semaine. Par contre, ils se heurtent au manque de temps et d'outils permettant de filtrer et gérer cette abondance d'information. Des communautés ou des portails comme le C@fé des sciences (en sciences dures) et Hypothèses (en sciences humaines et sociales) peuvent les y aider, mais il reste beaucoup à inventer pour exploiter cette manne ! »
Ils en parlent : Sciences et Avenir (13 août)





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