Tom Roud sur France inter
Par Antoine le vendredi 27 novembre 2009, 18:51 - Lien permanent
Coup sur coup, deux grands médias viennent de faire la part belle aux blogs de science et à la communauté du C@fé des sciences.
Hier, le blogueur Tom Roud était interviewé dans "La tête au carré" (l'émission de France inter, exceptionnellement enregistrée à New York) pour parler de son blog et du C@fé des sciences :
C'est une initiative qui a maintenant 3 ans. On s'est rencontrés virtuellement sur le web avec quelques autres blogueurs scientifiques. Et on s'est dit que se regrouper, ça pourrait permettre de créer une émulation, attirer des gens, avoir plus de visibilité en ligne. Aux États-Unis, il y a la plateforme Scienceblogs.com, un regroupement de blogs scientifiques qui marche très bien, et on pensait que ce serait intéressant de faire quelque chose d'équivalent en français. On est maintenant 25 blogs, avec un nombre de lecteurs évalué à 2.000 par jour.
L'entretien dans son intégralité est à réécouter ci-dessous.

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Voici une retranscription de cet entretien, que l'on doit à Jonathan et Benjamin (merci à eux !) :
Introduction : Ceux d'entre vous qui surfent régulièrement sur les sites de sciences en français l'ont peut être déjà croisé, il sévit en particulier sur un portail scientifique qui s'appelle le C@fé des sciences, ou encore sur son propre blog, tomroud.com. Il est lui- même chercheur, il s'inspire beaucoup de ce qu'il trouve sur la toile américaine pour alimenter son blog. Dans la réalité, Tom Roud n'existe pas, puisqu'il s'agit d'un pseudonyme. Alors, qui est Tom Roud ? C'est la première question qu’Etienne Truchaud lui a posée.
Tom Roud : Tom Roud, ce n'est pas mon vrai nom, c'est ma personnalité sur internet, et c'est un blogueur qui parle de sciences. Je voulais garder les choses séparées, particulièrement dans un contexte français, où ce n’est pas forcément bien vu. C'est peut-être un risque que j'aurais dû prendre…
Etienne Truchaud : Pourquoi vous parlez de risque ? Qu'est ce qui fait que c’est un risque pour un scientifique de dire qui il est quand il blogue ?
T. R. : Si vous voulez, j'ai un statut assez « précaire » : je suis post-doc, je n'ai pas de poste permanent. Je suis très dépendant de gens au dessus de moi qui vont me proposer du boulot ! En France, où en particulier le débat se politise très vite, je veux être évalué sur mon travail, sans interférences par rapport à ce que je peux dire ou faire sur internet.
E. T. : Justement, qu'est ce qu'on trouve sur votre blog ? Quels sont les thèmes que vous aimez aborder, partager avec votre lectorat ?
T. R. : Je parle essentiellement de sciences de la vie, de biologie du développement, d'évolution, de recherche sur les cellules souches… En pratique, lorsque je tombe sur un article scientifique dont je pense qu’il va intéresser les gens, j'en fais un billet, j'explique un peu le contenu du papier, j'essaie de vulgariser sont contenu car les papiers scientifiques sont souvent hermétiques.
Ce que j’aime bien en biologie, c'est que souvent, ça pose des questions philosophiques sur ce que l'on est. Un exemple : le débat sur le statut de l'embryon. Qu'est ce qu'un embryon ? Je pense pas que l'on puise répondre à cette question sans avoir une idée de ce qu'est la biologie de l'embryon. J'ai fait beaucoup de billets pour expliquer qu'un embryon c'est au départ une cellule fécondée et j'explique toutes les étapes de transformations qui font qu'on passe d'un embryon à un petit animal ou un petit bébé.
E. T. : Ce sont des thèmes que vous auriez pu explorer dans votre coin . Qu'est ce qui vous a donné envie de les faire partager ?
T. R. : J’y suis venu, comme beaucoup, par les blogs politiques, car j'aime discuter politique sur certains d’entre eux. J’ai pensé « il y a les blogs politiques, pourquoi ne pas faire un blog de science pour débattre de science avec les gens ? ». En même temps, ça permet aux chercheurs de sortir de leur tour d'ivoire et de raconter comment se passe concrètement la science de nos jours.
E. T. : En termes de débat scientifique, j'imagine qu'il y a des thèmes qui sont extrêmement débattus en ce moment sur le Net ?
T. R. : En ce moment, on parle beaucoup du réchauffement climatique sur le Net. Il y a quelque chose qui m'énerve beaucoup, notamment dans les médias français. On accorde énormément de crédit à des gens qui n'ont pas d'expertise en matière de climat et qui vont dire que le climat ne se réchauffe pas. De ce point de vue, la blogosphère scientifique joue un rôle correctif en pointant les erreurs des gens qui passent à la télé pour dire que le réchauffement n'existe pas .
Il y a un autre débat que je trouve intéressant, celui sur l’évolution et le créationnisme. Notamment aux USA, les mouvements créationnistes ont un fort impact et remettent en cause l'enseignement de la science. Et là encore, la blogosphère scientifique va jouer son rôle d'aiguillon et va essayer de démonter un peu les arguments des créationnistes. Les scientifiques à mon avis, n'ont pas vocation à prendre des décisions pour les citoyens. Un aspect important en démocratie et particulièrement dans notre siècle où la science est omniprésente, c'est de donner une information scientifique de qualité pour que les gens puissent prendre des décisions en toute connaissance de cause, pour que le contrôle démocratique sur la science puisse s'exercer de la manière la plus saine possible.
E. T. : Il y aussi le C@fé des sciences, et vous êtes membre fondateur de cette plate forme. Pouvez vous nous en dire plus ?
T. R. : C'est une initiative qui a maintenant trois ans. On s'est rencontré virtuellement sur le web avec quelques autres blogueurs scientifiques et on s'est dit que se regrouper pourrait permettre de créer une espèce d'émulation, attirer des gens et avoir plus de visibilité en ligne. On a constaté qu'aux USA existait la plate-forme Scienceblogs.com, qui regroupe également des blogs scientifiques et qui marche très bien. On s'est dit que ce serait intéressant de faire quelque chose d'équivalent en français. On est maintenant quasiment 25 blogs sur le C@fé, dont on évalue la fréquentation à 2000 lecteurs par jour, ce qui peut peut paraître modeste, mais permet de générer de nombreuses conversations de grande qualité.
E. T. : Que dire de cette blogosphère scientifique par rapport à la blogosphère scientifique américaine ?
T. R. : La conversation scientifique américaine est plus développée que la conversation française. Il y a certaines réticences par rapport aux blogs en France : c'est moins spontané pour un étudiant en thèse en France d'aller ouvrir un blog et d'aller parler de sa recherche ou de son domaine scientifique sur internet. De ce point de vue, aux USA les gens sont plus ouverts. Il y a tout un mouvement de publication scientifique sur Internet qui est très fort aux USA, avec notamment la création de revues scientifiques en ligne comme PLoS.
Je dirais que la blogosphère américaine montre un peu la voie, qu’elle est très active, très présente sur les réseaux sociaux comme Twitter, Facebook, etc. La blogosphère française va être amenée à se développer ! Je pense que le plus grand danger, c'est qu'en science la langue universelle est l'anglais. Est-ce qu'on pourra garder la spécificité francophone ? Est ce que les gens ne vont pas préférer bloguer en anglais directement ? c'est une question que l'on peut se poser… mais je ne suis pas pessimiste !